Je traînais, mes pas, en Brocéliande, à la recherche de Rien, mais Rien peut être parfois Tout. Sous le couvert des arbres en parures automnales, j'avançais sans me soucier d'éventuels dangers qui s'y cacheraient peut-être. Les Fées n'ont pas peur d'atteindre le cœur des forêts, fussent-elles noires et sombres comme le cul des Enfers. Les Fées connaissent le langage de la nature et des animaux qui s'y cachent. Mais, il arrive parfois que les Fées ne soupçonnent pas qu'il puisse vivre là des créatures semblables à elles, tout bonnement parce qu'elles s'imaginent souvent être seules au monde.
J'étais donc là en Brocéliande, les ailes refermées dans mon dos, et j'errais sans savoir vraiment où mes pas me porteraient. Lorsque je fus au cœur même de l'entité Forêt, je vis un immense arbre au tronc noueux, dont l'ombre m'attira irrésistiblement.
PREMICES
Au pied de l'arbre je me couche. Sur la mousse je ferme les yeux pour m'endormir un peu. Le vent souffle dans les branches qui me surplombent. J'écoute la chanson du vent, cette douce mélodie qui me murmure des secrets. Le vent, joue dans mes cheveux, caresse doucement ma peau. Je suis bien dans son souffle, que je n'ai plus envie de m'endormir. Bien au contraire je m'éveille, les sens aux aguets je sens que quelqu'un est là, tout près. Le vent murmure son nom à mon oreille en deux petites syllabes magiques …." Merlin" … Merlin ? Qui est donc ce Merlin ? Où se cache t-il ? Que veut-il à la Fée que je suis ? J'essaie en vain de plonger vers le sommeil qui ne vient plus. La chanson du vent, se fait insistante, elle devint chaude sur ma peau qui frissonne, comme si des milliers de baisers tièdes et humides venaient y prendre vie. Je savoure les cadeaux du vent et fini par y prendre goût, offrant alors un peu plus de moi-même à sa caresse douce. "Je suis Merlin" dit le vent " Regardes moi, je ne suis jamais bien loin de toi, où que tu sois, je suis", comment résister à la douceur de ces mots quand ils sont des souffles à mon cou, pareils à des baisers déposés *là*.
Alors, doucement je regarde d'où vient le vent et je le vois enfin. Il est là, je sais qu'il m'observe, je sens son regard sur moi. Je suis alors partagée entre l'envie de fuir et la curiosité qui est le propre des Fées. D'un murmure je le nomme "Merlin" et je l'entends me répondre, toujours caché dans le feuillage du Grand Chêne. S'engage alors des échanges de paroles, de petits mots, de confidences, de petits Riens et de grands Tout. Nous bavardons tant et plus, sans jamais que je ne m'en lasse, attendant que viennent ses mots pour le plaisir de les entendre. Merlin est un troubadour en Brocéliande, l'écouter me transporte vers le rêve, me faisant oublier que la vie d'une Fée n'est pas toujours aussi rose qu'on pourrait le croire. Les jours passent sans que j'éprouve l'envie de m'éloigner de cet arbre. J'aime le souffle du vent et les mots qu'il transporte, ils me font vivre, revivre, comment pourrais-je condamner le désir qu'il suscite ? Mais un jour le vent ne suffit plus, Merlin se dévoile à moi, nous partageons le même désir de "nous" cette pulsion irrépressible qui nous pousse l'un vers l'autre. L'attente est trop longue, les jours deviennent des éternités, les nuits se troublent de rêves où nous nous retrouvons tous deux.
VOLER AU TEMPS
Écartant les branches de l'arbre, comme on ouvre une porte, encore faut-il avoir le courage d'ouvrir cette pote parfois *rire*, je découvre enfin Merlin. Son sourire est celui d'un ange, et ses yeux ont l'éclat de l'ambre. N'allez surtout pas croire les légendes qu'on vous raconte, Merlin n'est pas ce vieillard à la longue barbe blanche, il ne porte pas chapeau pointu sur la tête, et point de robe étoilée flottant autour de lui ! Non, Merlin est sans âge, car il vient de la nuit des temps, il vit dans le souffle du vent, il est le vent. Il ressemble à un homme, avec des traits d'homme, il est l'Homme. Premiers regards croisés, et je le reconnais comme s'il avait été toujours à mes côtés. Comment se peut-il qu'on reconnaisse une Âme d'un simple regard, d'une simple sensation ?
L'approche est troublante, je tremble, mes ailes frémissent, mon cœur palpite, mais il est là, en vrai. Nos corps privés trop longtemps de nous, se rapprochent, s'étreignent, s'enlacent, se raccrochent l'un à l'autre. Merlin me serre si fort contre lui qu'aucune fuite n'est plus possible. La conscience s'efface devant la folie d'un instant volé. Alors, déployant nos ailes, nous nous envolons sur un parcours charnel.
Quel délice de plonger le bout de mon nez à la recherche du parfum de sa peau. Quel bonheur de sentir les frissons le long de mon dos, lorsque sa main se glisse d'une épaule à mes reins. Et nos yeux qui se rivent, dans l'attente de nos bouches qui se trouvent. Mon esprit bouillonne, je sens le sien qui s'affole, comment résister plus longtemps à l'attrait du baiser ?
Lorsque nos lèvres se joignent enfin, c'est une explosion de douceur qui devient vive ardeur. La danse de nos langues, entame un bal en allegro fortissimo, c'est comme si le temps s'arrête juste pour nous. Te souviens-tu Merlin de cet instant éternel, le premier contact, la toute première fois, celle qui n'arrive qu'une fois ? Dans la volupté de ce partage, nos doigts se cherchent et se trouvent pour se nouer tendrement en petites caresses timides juste pour s'apprivoiser un peu plus. Mais le cœur se met à cogner en pulsions intenses, quand le désir s'impose à nos sens. Alors, nos mains entrent dans la danse pour se découvrir encore un peu plus. Le contour de son visage, de sa bouche, la chaleur de son cou la douceur de sa peau. Merlin m'envole encore plus haut, toujours plus haut, dans un tourbillon enivrant qui me pousse irrésistiblement vers lui. Dès lors je n'ai plus qu'une envie, celle de me donner à lui, toute entière, sans barrières, sans peur, avec tout l'amour qui gronde en mon cœur.
Petit à petit se sont nos peaux qui se réclament, d'une épaule dévoilée en poitrine offerte, je goûte la douceur de ses mains sur la courbe de mes seins, je dépose mes baisers sur son torse exposé. Nous voilà partis en royaume d'Emerveille ! Nos mots n'ont plus de sens, seuls nos soupirs savent dire ce que nous ressentons. Nos mains se promènent, s'enivrant de cette douceur infinie que seules les peaux qui s'aiment sont capables de percevoir à l'infini. Je sens le bout de ses doigts qui s'égarent, délaissant mon ventre où ils venaient de faire éclore la plus délicieuse des envies. Lentement ils glissent jusqu'à la tiédeur humide qui s'est installée au creux de moi. En caresses mutines, ils savent me faire voler plus haut qu'aucun oiseau n'est jamais allé. Je m'ouvre à lui, savourant l'extase qui me gagne. Mes mains osent alors s'aventurer jusqu'à son intimité érigée, elles se font coquines, découvrant l'offrande qu'il me fait. C'est du bout de mes lèvres que je veux goûter alors, au satin de ce lieu. Merlin, frissonne et je résonne à lui lorsque sa bouche vient me rendre le baiser. Jeu de langues qui s'expriment en caresses d'ivresse, l'osmose nous gagne lorsque nos âmes s'élèvent au plaisir de nos sexes qui se pâment. A cette caresse subtile le temps suspend son vol, ne laissant que la transe de nos âmes qui fusionnent et le goût salé de ce baiser satiné. Oh, Merlin entends-tu encore les gémissements de plaisir que nous avons gravés dans l'air et sur ce lit de mousse ? Ils résonnent encore à l'infini en de doux frissons par l'esprit, l'essence même de nos êtres d'éther et de brume, accrochés aux doux souvenirs d'un instant magique et unique.
Quand la folie nous gagne enfin, sans que l'on ne puisse plus résister à l'attrait d'un rapprochement plus puissant, Merlin vient alors se poser sur moi. De ses mains expertes il embrase mon corps, je me donne, je m'envole dans le tourbillon qu'il fredonne à la musique de ses pulsions. C'est en émotion que nos yeux se mangent d'amour et de passion. En baisers accrochés, en doigts noués, en peaux embrasées, nous approchons à grand pas de la fusion qui fera de nous l'Être Unique dont nous aspirons tous deux. Tendrement, je m'offre à lui, ouvrant le passage aux doux présages de ses assauts. Le voilà qui se dressent vaillant, aux portes de mon royaume, habillé de son désir en accords majeur. Mes reins se cambrent en accueil féerique, poussant plus avant l'invitation au Merveilleux voyage. Merlin se fait alors pressant, il se glisse en moi en de délicieux va et viens. La caresse de nos sexes, sublime la mouvance de nos corps qui s'affolent et s'enchaînent. A coups de reins puissants, le voilà qui s'impose, je ne suis plus qu'une douce Petite Chose qui frémie et qui ose déployer les notes de volupté qui s'envolent de ma gorge, lorsque le plaisir nous gagne à son rythme endiablé. La Fée se fait Féline, Merlin a l'instinct animal, la métamorphose de nos corps en osmose nous entraîne alors bien plus haut que le ciel. Ton râle Merlin, je l'entends encore lorsque la nuit tombe sur Brocéliande, je ferme les yeux et goûte au sucré de cet ultime offrande.
Qu'il fut doux de reposer sur la mousse, les doigts mêlés, les yeux rivés en ne se parlant que dans le souffle du vent. J'ai aimé et j'aime encore Merlin de toute mon Âme de Fée. Puisse le temps ne jamais s'écouler vers des rivages oubliés, puisse la vie nous garder dans l'envie sans jamais nous blesser. Merlin, gardes-tu encore le goût de "Nous", comme il persiste encore sur mes lèvres et mon corps ? Que donnerais-je encore pour retrouver Brocéliande………..